L’aube claire enfin.

L’aube claire enfin.

Ferroviaire de foire. (3/3)

Ferroviaire de foire. (2/3)

Ferroviaire de foire. (1/3)

Ferroviaire de foire

Une fois le tour du proprietaire fini, nous avons pris la tangente. Nous, c’est Marc et moi. Marc est chevelu et rennais depuis deux ans. La tangente, c’est un train partant a 6 heures du matin de New Delhi, Nizzamuddin Station, et arrivant a Visakhapatnam 35 heures plus tard. Ou un trajet de plus de 2000 bornes. Pour un nouvel Etat, l’Andrha Pradesh, ou personne ne va.


C’etait il y a huit jours. Deux nuits et deux journees de train pour decrocher la lune. Ou nous traversons des paysages fameux de palmiers et de prairies. Des plaines cultivees ou les parcelles n’approchent pas le demi hectare. Ou nous croisons ces convois de charbon qui longent la cote est depuis Kolkata. Le temps de l’attente, de prendre la mesure du changement. Et le train arrive a l’heure. Visakhapatnam, une ville anonyme pour 1.5 million d’anonymes. Ce qui nous attire ? La plage. Arrives a la gare, le kitsch de la destination pour touristes indiens nous assomme. Les palmiers rouges clignotants, un regal pour les pupilles.


Un rickshaw nous conduit a Rushikonda Beach, a une dizaine de kilometres au nord. Et la, c’est plus paisible. Et la, c’est tres bien. Une route en retrait de la plage, deux gros hotels, et des gargottes. Pas grand chose, mais pas trop. Et la mer est la, derriere. Apres une nuit dans une paillotte de pacotille, nous la decouvrons. Un peu sale, un peu belle. Ici s’echouent des tortues, bizarrement. Ici surtout viennent une colonie de vacanciers pour la journee. Tous Indiens, a deux surfeurs ephemeres pres. A la recherche d’ombre, armes de biere Kingfisher Strong, nous affrontons les rudes lois de la nature. Et nous elisons domicile sous le toit de jonc d’un micro shop.


Cet endroit est tres drole. Des maneges, une roue, des chevaux, des pseudo cow boys, un kitsch total pour les Indiens, transpose a la mer. Et finalement la mer est belle. Et plus loin, derriere ces collines qui ont pousse etrangement sur la cote, les plages sont immenses, tres belles, tres vides, si ce n’est ces quelques pecheurs et leurs cannes. Detente totale, et rires devant cet absurde bord de mer, qui s’eveille et eructe entre 11 heures et 17 heures, puis la nuit tombe. Et nous avons le champ libre pour dormir sur la plage cette fois.

Le lendemain, le Soleil brule nos corps assoupis. C’est le signal. La matinee est dans la droite lignee de l’apres midi passe. Mais cette fois nous savons quoi apprecier. Et nous decollons ensuite dans un telepherique pour une de ces collines cotieres. La haut, un parc. Le parc le plus kitsch et absurde qui soit. Un alligator geant, une grenouille geante, deux statues flippantes. Toujours au centre de toutes les attentions, c’est nous, c’est nous, c’est nous. Ici tous s’esclaffent en nous voyant. Ils auraient tort de se priver, et nous saupoudrons nos rencontres futiles de commentaires cyniques et drolatiques. Et un qui veut notre photo. Et deux. Et trois.

La nuit vient. Il est temps de quitter Visakhapatnam. Direction la gare. L’horreur, il est trop tard pour obtenir une reservation pour le soir meme. Notre plan ? Un trajet de 700 bornes en une nuit. Il est vraiment trop tard, nous achetons un billet sans reservation et montons dans le premier train. Et il est bonde, et il prend des allures de cour des miracles ferree, ou tous partagent et acceptent le meme sort. Surtout nous. Qui ne fermons pas l’oeil de la nuit. Je discute avec des jeunes gars paumes, je deambule dans ce couloir, je m’y allonge, je m’en degage. On n’echappe pas a l’ennui. Par miracle nous arrivons. Et enfin. Et la, un nouveau train a prendre, un de plus. Deux heures. Entre Bhubaneswar et Puri, notre destination finale. En Orissa, toujours sur le Golfe du Bengale. Il est 4h30 quand nous arrivons a Bhubaneswar.
Puri. Une ville inutile. Une Tchetchenie en travaux couverte de sable, au bord de l’Ocean Indien. Des especes de routards cools qui se font chier. Nous arrivons epuises, et ne faisons aucun effort pour trouver quelque charme a cette ville sans aucune ame. A cette plage degueulasse. A ce ciel toujours si gris. A Puri on n’avance pas. Nous squattons notre bel hotel, nous squattons des restaus, et nous guettons le depart, enfin.

Le depart est prevu deux jours et demie apres notre arrivee. Direction Darjeeling. A 14 heures. Darjeeling. Le Bengale Occidental, l’ Himalaya, 2100 metres d’altitude. Presque 1000 kilometres depuis Puri. Un changement radical de plus.

Miracle de l’Inde, le train, qui part pourtant de Puri, est reprogramme a 22 heures. Nouvelle glande effrenee. Puri n’a rien pour soi. Que ses plats de poisson. Enfin vient le soir. Le train a nouveau ne veut pas partir. Enfin il part. Nous revoila bons pour une journee de train. L’arrivee etait prevue a 13 heures. Elle a finalement lieu a minuit. Entre temps ? Rien de tres grand. Des paysages plus arides et toujours aussi fascinants oui. Une absurde lenteur. Des convois de charbon, une vieille femme qui essaie d’en prelever a travers les infractuosites des wagons. Nous arrivons a New Jalpaiguri a minuit. Et la ? Une jeep pour Darjeeling, a 4 heures de route ?

Il est trop tard. Et trop tot. C’est l’heure d’errer tranquillement dans la gare. Nous rencontrons un jeune indien dans le meme cas que nous. Il nous dit d’attendre trois heures. Et avec notre experience de l’attente, ces trois heures passent agreablement. Je donne un coup de pied a un gros rat. Vient l’heure. Et le depart promis. La jeep accueille une dizaine de passagers. Nous sommes epuises eclates, et mettons pied a Darjeeling trois heures plus tard. Dans le froid de l’aube. Une superbe aube claire et lumineuse.

 L’Empire du copyright. (2/2)

 L’Empire du copyright (1/2)

L’empire du copyright

Avec Victor, nous n’avons pas connu le repit. La brievete de son sejour nous imposait la hate. Vite, nous etions partis pour Varanasi. Le soir de son arrivee. La tres vieille ville, embleme du Gange. Apres une nuit de train sans encombres ni embuches nous debouchions sur une ville d’Uttar Pradesh comme les autres, surpeuplee. Mais ce n’etait que la gare. A quelques kilometres et des poussieres regne une atmosphere tout autre, dans le vieux Varanasi.

Installes dans une guest house qui s’emiette et qui donne sur le fleuve, nous etions prets pour deambuler. Et nous avons deambule. Les ghats et le fleuve, du nord au sud, de gauche a droite, dans le sens des aiguilles d’une montre, dans le sens contraire. Les ruelles legerement en retrait. D’autres ruelles. Un marche aux legumes. Ah, on s’eloigne de la vieille ville. Et revoila les vehicules, et leurs klaxons, et leurs ebats. Fuyons.

Nous observons des cremations. Elles ont lieu continuellement. Ce moment est capital dans la spiritualite hindoue. Et vu de l’exterieur, il resume bien le paradoxe de l’Inde religieuse. Instant crucial, il mobilise des maitres d’oeuvre qui s’activent avec une fabuleuse nonchalance, exhaltant une sensationnelle routine. La routine qui enflamme ces cadavres sur-embaumes, radicalement sanctifies. Le cout de la cremation peut s’averer exhorbitant selon le bois choisi (le 5 etoiles, le bois de santal, 2000 roupies le kilo, 250 kilos par corps, 1 euro = 60 roupies, a vos calculettes), et on cherche parmi les observateurs la famille du defunt. Zero Pathos Zero Douleur le mot d’ordre de ces ceremonies singulieres. Pleurer est interdit a Varanasi. Les larmes mettraient en danger l’elevation vers le Nirvana. Or c’est justement le pourquoi du comment se faire cramer a Varanasi, l’acces direct au Nirvana. Passons.

A Varanasi plus qu’ailleurs on rencontre des occidentaux qui ont mal tourne et sont partis dans un delire hindouiste. Accoutres comme des clowns, ils deambulent et te font croire qu’ils adorent ca. Je peux comprendre la fascination pour le bouddhisme, c’est super cool d’etre tout gentil, de rien faire de ses journees et de se raser le crane, mais alors j’ai toutes les peines du monde a trouver quelque interet spirituel a l’hindouisme. Pas de meprise : je n’ai pas dit culturel.

C’est toujours tres drole de voir ce genre de pignoufs extasies confrontes a la realite de l’inde. Meme derriere tes oripeaux ou ton uniforme de sadhu (comment peut-on vouloir etre sadhu ? nouveau probleme), le mendiant en bas age n’oublie pas que tu es blanc et que tu as des thunes. L’argent est quand meme un fabuleux outil pour comprendre les relations entre humains, a fortiori quand ceux ci ne parlent pas la meme langue. Grace a ce langage universel, tout devient limpide.

Apres deux jours de va et vients entre les ruelles et les ghats (mais 5 minutes suffisent pour connaitre l’ensemble des arnaques en vogue, dont le fabuleux combo poignee de main / massage de main, quelle naivete), et un bebe mort tout blanc, flottant sur le fleuve, nous quittions cette ville etrange. Notre chemin de croix se poursuivait, triomphale tournee, et nous attrapions un train pour Jhansi. Ce train, insecte ferroviaire rampant, accumulait un retard excentrique mais nous deposait finalement a bon port, dans une ville immonde ou j’avais toutefois un contact : un prof de sport de 50 ans rencontre un mois plus tot et qui m’avait harcele de textos tres rigolos sur la vie, le temps, l’amitie. Je precise que je lui avais parle 2 minutes maximum autour d’un the. Passons.

Avertis, nous n’avions evidemment pas prevu de nous attarder dans cette ville boudee de tous. Ni de passer un coup de fil au pederaste de service. Le sens de notre visite etait ailleurs : un petit bled repondant au doux nom de Orchaa, a une vingtaine de bornes de la. Orchaa.

La, nous avons recupere deux velos dans un etat deplorable et nous avons vadrouille. Nous avons savoure la riviere, nous sommes baignes dans une eau autrement moins toxique que celle du Gange, nous nous sommes vus proposer du cannabis a de tres nombreuses reprises. La palme a ce gamin de 10 ans maximum. Je precise que c’etait deja largement le cas a Varanasi, la ville de Shiva le dieu de la fumette. D’ou la fameuse ronde indienne, ou Shiva round, et compagnie. Enfin la n’est pas mon propos et je ne veux pas entrer dans les details de peur de voir l’acces a ce blog restreint par les webmasters de la fac. Passons.

Orchaa, douce Orchaa, ce nom m’evoque tes palais abandonnes des milles et une nuit.

C’est certainement ainsi que les vieux francais en transit ici, etrangement presents, entament leurs cartes postales a destination de la metropole. Les milles et une nuit, ah ! L’orientalisme a la Flaubert c’est bien joli mais la Perse c’est pas ici. Enfin, je ne vais pas non plus tout faire pour etre censure sur les forums troisieme age.

Et puis nous avons file vers Agra. Ah, c’est d’un classique. Agra. Pff. Surtout que j’y etais deja alle avec Juliette. ‘Ah oui mais c’est quand meme bien que Victor voie le Taj Mahal’. Ouais. Je vois pas ce que la notion de bien et de mal a a faire avec le choix d’un bled comme prochaine etape en Inde. Reste que les destinations que j’envisageais etaient toutes plus farfelues les unes que les autres en termes de connexions au reseau routier et ferre. Que Agra est particulierement desservie, c’est un fameux noeud ferroviaire. Et que Agra est chouette, quand meme.

A 40 km d’Agra, on trouve une cite abandonnee toute bizarre, qui s’appelle Fatehpur Sikri. Nouvelle excentricite, au moment de notre visite, on est tombe sur une delegation d’hommes d’affaires et de diplomates en costards impeccables. A leur tete ? Jerome, l’ambassadeur de France bien sur, que j’avais rencontre a l’occasion de la decadente orgie gustative narree plus bas (cf l’article ‘Extension du domaine de la France’) donnee dans sa demeure, sa cabane de paille des faubourgs de Delhi. La zone. Peu importe ce qu’ils trafiquaient la, mais ce fut encore l’occasion de m’amuser de cette clique et ses petites distinctions chatouilleuses. Un gang.

A Agra, en plus du Taj Machin et du Fort Moghol (ou l’on ne tournait cette fois pas de scene de danse avec des bad boys a bandana, contrairement a mon precedent passage), nous avons eu le plaisir de faire un tour dans les bazaars, la ou personne ne va, et nous avons degotte le must, le graal du visiteur en terre etrangere : le cinema porno local. Au detour d’un rien, au hasard de la vadrouille, le fruit de nos efforts saugrenus. Bonheur. Ca me donne une raison de retourner a Agra une fois de plus : remettre la main sur ce cinema et surtout y rentrer. Creuser un peu. J’amenerai un tractopelle pour deblayer l’entree, le monde doit savoir. Le programme avait l’air delicieusement Kazakh.

De retour a Delhi, nous avons poursuivi nos investigations dans la vieille ville, et y avons trouve quelques tresors petris de post-modernisme. Ces orientaux sont siiiiii exotiiiiques. En tete : un incroyable bazaar consacre a l’elecronique, avec les prix nobels de la bidouille et des circuits imprimes a l’oeuvre dans un sacre foutoir de cables multicolores et d’ecrans dessosses. La, on trouve toutes les copies de tous les producteurs de materiel electronique possibles. L’empire du copyright va devoir mener la guerre a ces barbares. En economie, on appelle ca des failles du marche. Je fabrique exactement la meme chose que toi, a savoir des adaptateurs pour telephone Nokia, je produis dans les memes usines malaises, mais je m’appelle Noki et je ne te refile pas un kopek, et moi on me trouve a Old Delhi. Au rayon curiosites devorantes, les appareils photo argentiques antiques des petits photographes, pour quelques bouchees de pain, tentations obsedantes.

Nous avons devore un gargantuesque poulet beni par Mahomet et Victor s’est envole titiller les russes de sa guitare, inexpugnable incorruptible inalterrable menestrel. Et puis il est arrive a Paris, et a pris une douche chaude. La guerre des nerfs.

Goan Roads (4/4)